Accueillis dans la toute nouvelle salle polyvalente de Fontvieille durant deux jours, les participants ont pu écouter, et échanger avec, des intervenants issus de champs disciplinaires différents qui se sont exprimés autour de l'influence des images et des représentations sur l'évolution des paysages et l'aménagement du territoire. Chacun répondant à une préoccupation commune : comment inventer ensemble le paysage de demain ? Un paysage vivant, ni musée, ni paysage mondialisé mais qui répondent aux attentes de tous et soit porteur d'un sens collectif tout en préservant sa capacité émotionnelle.
Les intervenants de la première table ronde, animée par Nerte Dautier, ancien inspecteur des sites, ont renvoyé à des approches multiples (culturelle, identitaire, poétique...). Les paysages, produits et témoins de l'histoire des sociétés agraires, puis industrielles, qui les ont façonnés, sont autant le lieu d'une expérience de la conscience que d'une réflexion pour se projeter dans l'avenir. De nombreuses questions ont traversé les débats, à commencer par l'utilisation du "paysager" comme plus value à la valeur foncière. C'est une tendance lourde, en Provence en particulier, où le modèle d'un XVIIIe siècle "élégant" réserverait des sites préservés, voire "santonifiés" ou "créchisés", à de riches résidents, tandis que l'immense majorité de la population serait captive d'espaces banalisés qui accueilleraient tous les aménagements de la société contemporaine. La domination du stéréotype conduirait alors à la division spatiale rejetant hors du champ du paysage les équipements collectifs, les usines, les stations de traitements des déchets, les parcs de loisirs, etc... Pour terminer la première table ronde, Philippe Langevin de l'université d'Aix Marseille a souligné, quant à lui, comment le développement des produits du terroir, qui s'appuient sur une représentation positive du paysage et des pratiques qui y sont attachées, pourtant perçus comme une résistance à la mondialisation, en sont d'une certaine façon un avatar, à l'exception de rares produits de qualité.
La deuxième table ronde, animée par Arinna Latz, enseignante à l'université d'Aix Marseille II, était résolument placée sous le signe de l'interdisciplinarité, nous a offert une réflexion et des propositions pour constituer des outils de travail qui permettent d'assumer la question du paysage dans les projets de territoire. Laurent Lelli de l'ENFA Toulouse nous a présenté un travail d'initiation au paysage par une approche iconographique destinée à permettre la collaboration et la constitution d'un langage commun pour des acteurs de l'aménagement du territoire. Coline Perrin et Etienne Ballan ont eux pu souligner la dimension éminemment politique de la question à travers les problématiques foncières. Pour terminer l'après-midi, Sylvain Malfroy, historien de l'urbanisme, iconographe et enseignant à l'école d'architecture de Winterthur (CH) a ouvert le champ des "possibles" en proposant un modèle d'intégration d'exigences esthétiques, de protection de l'environnement, de respect des hommes et des valeurs démocratiques dans les projets de paysage.
Pour la troisième table ronde, animée par Christian Apotheloz, journaliste, il s'agissait d'aborder la dimension opérationnelle à travers des interventions directes sur et "autour" du paysage. Natacha Guillaumont architecte paysagiste nous a présenté un projet de requalification du jardin d'Olivier de Serre dans lequel, rejetant tout historicisme son parti d'aménagement intègre l'importance historique du lieu et de son créateur. Raphaël Caillens, architecte paysagiste, évoquant son travail de plasticien avec les collégiens d'un établissement marseillais a insisté sur le sens plastique et esthétique du paysage. Pour impliquer les collégiens et au-delà, les habitants du quartier dans la réflexion partagée sur la gestion du paysage commun, il réalise, avec eux, des installations éphémères. Julie Bousquet nous a montré comment l'Agence Publique du Massif des Alpilles prend en compte l'approche paysagère dans le travail d'élaboration de la charte du futur parc. Enfin Georges Demouchy nous a présenté un travail de lien à l'échelle du grand paysage dans un au-delà du paysage "débordant" le cadre de la requalification du Domaine du Merle dans la plaine de la Crau
La matinée du samedi a été clôturée par Michel Vauzelle, président du Conseil régional Provence Alpes Côte d'Azur.
Le samedi après-midi était consacré à la lecture du paysage avec François Tron de l'association A Rocha. Dans une promenade autour du rocher des Baux puis dans les anciens marais, il nous a fait découvrir toutes les dimensions de ce paysage singulier (géologique, floristiques, faunistiques agricoles, etc...). |